La Cabre d'Or et autres contes
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Chauds les marrons !

Il fait froid, très froid, même. Poly rentre de l'école, sa main gauche, bien au chaud dans la moufle tricotée par JolieMaman, serrée dans la main droite de Papa qui tient solidement Frère3 de l'autre main. Poly traîne les pieds dans la neige, un peu salie par les passants, mais encore bien poudreuse et légère. Ses pieds aussi sont au chaud, logés dans les snow-bottes, qui sont une belle invention : des chaussons de feutre montants, par dessus lesquels vous enfilez des bottines de caoutchouc à pressions. C'est pratique : à l'école on enlève les bottines et on reste en chaussons sur le parquet bien ciré, et à la maison aussi, on laisse l'extérieur mouillé à sécher sur le paillasson.

Poly porte un capuchon pointu taillé par grand-mère dans un vieux manteau de fourure, et ce couvre chef élégant et moelleux, avec sa doublure de satin rose, fait son orgueil. Ses copines, envieuses et mesquines, raillent son doux trésor gris, et le prétendent "un vieux lapin mité". Alors Poly a raconté toutes ces avanies à JolieMaman, qui lui a répondu "du lapin ? tu plaisantes ! elles n'y connaissent rien, tes bécasses : c'est du skuns, tu n'as qu'à le leur dire". Et c'est ce qu'elle a fait. Depuis le capuchon (qui n'est toujours que de lapin, en effet..) promu au rang de précieuse fourure (ces demoiselles ne sachant pas ce qu'est un skuns, malgré leurs connaissances du Bambi de Walt Disney) est à présent considéré avec respect.

Le trio traverse à présent le pont qui enjambe la rivière, passerelle entre l'ancien monde et le plus jeune . Poly jette un coup d'oeil anxieux sur les eaux grises. La rivière qui encercle la vieille Cité glisse à toute vitesse, sans bruit ni vagues, lisse et plombée. Elle deviendra torrent à la fin de l'hiver, comme chaque année, se gonflant des eaux de fonte des neiges, emportant tout sur son passage. Pour l'instant, elle court dans un silence trompeur, car le courant est terrible. Poly serre plus fort la main de Papa...

Et puis, voici qu'un parfum irrésistible vient chatouiller les narines de Poly. Au bout du pont s'est installé un marchand de marrons chauds avec son braséro. Frère3 danse déjà d'excitation et d'envie.
Poly est plus mesurée, elle lève seulement vers Papa des yeux pleins d'espoir, plus éloquents que des réclamations (prohibées chez les Chrome). Papa sourit "Vous en voulez ?" lâche la main de Poly et fouille dans sa poche. Quelques piécettes, et voici que le marchand façonne deux cornets de papier journal, et glisse dans chacun une petite pellée de marrons brûlants, à l'écorce craquelée et fumante. Poly ote ses moufles, qui pendent alors au bout des manches, retenues par la cordelière qui les traverse, et se chauffe les doigts au papier tout tiède. Mais comment décortiquer un marron avec une seule main ? Papa sollicité tient le cornet pendant que Poly dépouille un marron de son écorce brune, le partage en deux, en tend la moitié à Papa et déguste l'autre avec délice.

C'est beau, c'est merveilleux, l'hiver sous la neige...

2.1.10 13:57


Pollueurs

Depuis quelque temps, des messages de pub pour des copies bien entendu illicites de montres, godasses at autres saletés venues d'ailleurs inondent les commentaires de mon blog. Ce n'est pas parce que je n'y écris pas souvent que je ne vois pas débarquer ces intrus.

Prière donc à ces individus d'aller écrire sur leurs propres (hum..) sites, et de laisser mon blog tranquille....

2.11.09 09:56


Transhumance

Les Grandes Vacances sont pour les Chrome le signe du départ vers le Nord : les enfants ont la chance que, Papa étant prof', il ait la même liberté qu'eux, aux périodes d'examen près.

Au jour fixé, en général peu après le feu d'artifice national rituel, les Chrome s'entassent dans la 4CV familiale, après que JolieMaman ait pris la précaution de confier à la SNCF la grosse malle métallique contenant l'essentiel de leurs bagages : le "coffre" de la 4CV, placé en pente à l'avant, et de très faible contenance, est très insuffisant pour le barda de 5 personnes. Les aînés, au lycée à Paris  en prépa Navale, logent chez Grand-MèreParis, et prendront le train avec elle pour rejoindre la smala après le passage du restant des Chrome : le contenu de la 4CV fait escale une nuit à Paris, 650kms étant un peu trop à faire d'une traite pour les enfants ... et pour la voiture !

Frère3 et Poly sont très excités : partir pour V.., où se trouvent la plage, la mer, les rochers, les crabes et les petits amis, c'est partir pour le paradis. Au dessus de leurs crânes, PetiteSoeur se balance dans un hamac accroché en travers, fixé à chaque extrémité aux poignées scellées au plafond, au sommet des portières. Elle y dort pour l'instant à poings fermés, n'étant pas encore impatiente de retrouver la petite maison des vacances, et ses impératifs n'étant pour l'instant liés qu'aux exigences de son tube digestif.

Poly et Frère3, eux, sont installés sur le siège arrière, libres de gigoter à leur guise (il n'y a pas encore de sièges spéciaux, ni d'ailleurs de ceintures de sécurité parentales, à cette lointaine époque), et au début, tout se passe dans le calme. Cependant, une trentaine de kms ayant déjà épuisé leur patience et leur sagesse, voilà que commence le leitmotiv "on est bientôt arrivéééés ?" phrase dont l'avenir m'apprendra que les progrès des voies de circulation, comme ceux de la vitesse et du confort des véhicules, n'entament en rien la litanie des générations transportées, et que le "on est bientôt arrrivééés ?" doit être inscrit dans les gênes de toute éternité : les jeunes Chrome fils de Poly retrouveront d'eux-mêmes la phrase intacte, et Thaïs s'y est mise spontanément et sans en avoir jamais eu l'exemple...

Papa met donc en application le premier des grands remèdes à l'ennui : le décompte des voitures; Frère3 choisit les blanches et Poly les vertes, et on voit tout de suite la supériorité de la ruse masculine sur l'affectif féminin : Frère3 a choisi suivant son expérience, elle a choisi suivant sa préférence, et bien sûr elle stagne péniblement à 2 lorsque Frère3 atteint les 10. Elle exige donc un changement des règles, et c'est Papa qui choisit les couleurs pour chacun d'eux.

Ceci occupe une petite demi-heure, et le compteur de la voiture n'affiche encore qu'un nombre affligeant de faiblesse dans les kms parcourus. Poly aimerait bien lire, mais ça donne mal au coeur.  JolieMaman entame donc l'étape suivante dans l'art de passer le temps, et raconte une histoire, avec l'espoir que les deux impatients finiront par s'endormir. Peine perdue, ils sont bien trop excités.

Alors Papa lance le choeur chromique dans l'espace-temps, et normalement ça marche à tous les coups. Il faut choisir une vieille chanson pourvue d'une grande quantité de couplets, genre "3 jeunes tambours" ou "le ciel est bleu, réveille toi", et voilà les 4 chanteurs qui s'époumonnent, alors que PetiteSoeur, déjà habituée au vacarme familial, continue à rêver à sa prochaine tétée. Le baryton de Papa, l'alto de JolieMaman, les sopranos jumeaux de Frère3 et Poly, tout cela s'enroule et se déchaîne, et comme Papa a ouvert les fenêtres (il n'y a d'autoroute que celle de l'ouest, dans l'enfance de Poly), le tapage s'envole jusqu'au ciel bleu des vacances.

Là-bas, Grand-MèreParis et les frères attendent à l'étape, et demain, la plage et la mer seront à eux tous...

30.7.09 13:59


Joies Pascales

Un ruban doré vient chatouiller le nez de Poly, le seul morceau de sa personne qui dépasse de l'édredon rouge. Poly sort de son rêve, éternue et entrouvre un oeil. Le ruban est un rayon qui provient du petit coeur découpé dans le volet, et qui fait danser une myriade de minuscules lucioles entre l'ouverture de la persienne et la figure de Poly.

Dans le lit jumeau, sous un identique édredon rouge, on aperçoit juste un petit bout du crâne de Frère3, dont les boucles ont disparu sous la tondeuse au profit d'une brosse drue et soyeuse.

D'un seul coup, Poly se sent très éveillée, et toute émoustillée d'attente heureuse : elle vient de se rappeler qu'aujourd'hui, c'est Pâques !

Hier soir, devant le parvis de l'eglise, on a allumé le feu nouveau, une pyramide de brindilles sèches et craquantes qui ont lancé leurs flammes jusqu'au ciel, créant un contact lumineux entre la divinité et la foule des ouailles rassemblées ici-bas. Puis chacun a allumé un cierge, d'abord au feu central, ensuite de proche en proche, de voisin à voisin, de Frère3 à Poly - "tiens ta bougie plus droite, 'spèce d'idiote !" dit Frère3 qui n'a pas encore été pénétré par l'esprit pascal....

Poly a tenu religieusement - et verticalement - le cierge et sa petite flamme vacillante, semblable à deux mains jointes, et est entrée avec JolieMaman et toute sa tribu dans l'église toute noire, et la grotte sombre de l'édifice s'est doucement éclairée de toutes ces petites lumières tremblottantes, tirant au passage un éclair bref du manteau doré des statues, faisant sortir de l'ombre les visages heureux et recueillis. Ensuite, ça se brouille un peu dans sa mémoire, car Poly a eu du mal à garder les yeux ouverts, et s'est endormie à moitié, appuyée contre le bras de JolieMaman.

Et à présent, voici venu le jour de fête. et Poly se redresse vivement dans son lit : si elle avait raté l'arrivée des cloches ! JolieMaman a dit qu'elles reviennent de Rome se nicher à nouveau dans leur clocher, et qu'en carillonnant de bonheur, elles vont laisser tomber tout un tas de bonbons dans le jardin. JolieMaman dit aussi qu'elle les a très bien vues, un jour de Pâques de son enfance à elle, quand elle avait l'age de Poly. Alors Poly tend l'oreille mais on n'entend pour l'instant que le chant des oiseaux, ouf ! Alors vite, réveiller Frère3, s'habiller, descendre dans le jardin, vite, vite, pour ne pas manquer leur retour !

JolieMaman oblige pourtant sa marmaille à venir d'abord avaler les tartines et le chocolat du matin, et assure qu'on entendra très bien venir la théorie carillonnante depuis la cuisine. Et en attendant les cloches, elle montre à ses petits comment faire des oeufs durs colorés, verts avec des feuilles de menthe, roux avec des peaux d'oignon, jaune avec des carottes, des myrtilles tirées d'un bocal pour du violet ... Toute une série de petites casseroles mijottent sur la cuisinière, chacune au contenu de couleur différente, et Frère3 et Poly en oublient un instant les cloches. Le but de JolieMaman est d'ailleurs qu'ils oublient aussi de voir Papa et son panier arpenter le jardin en se baissant de temps en temps.

A l'instant précis où Papa revient, avec à la main un panier vide, un carillon léger commence à tinter doucement, puis s'étoffe, enfle, éclate. Elles arrivent ! Poly se précipite au dehors, se démanche le cou pour regarder là-haut, là-haut, et, ouiiiiiii ! il y en a une là, derrière ce nuage, "dis,  JolieMaman, c'en est une, n'est-ce-pas ?"

- "Peut-être bien", dit JolieMaman, la main en visière pour mieux scruter les lointains, "mais tu sais, les enfants ont de bien meilleurs yeux que les grandes personnes, surtout pour voir les cloches de Pâques, et puis tu vois bien mieux que moi, qui suis devenue myope en grandissant, alors tu dois avoir raison".

Frère3, moins intéressé par les cloches que par ce qu'elles ont pu laisser choir, a les yeux fixés terrestrement sur les buissons et les plates-bandes, et il a bien raison, le coquin ! Un grand cri fait redescendre Poly sur le plancher des vaches : Frère3 a un oeuf emmailloté de papier brillant dans chaque main et juste à ses pieds il y a encore un bel oeuf mordoré, enveloppé dans son papier à arabesques. Et en voici un autre, et un autre encore, et Frère3 vient de dénicher une poule de carton jaune qu'il retourne dans tous les sens pour voir ce qu'elle pourrait bien offrir de mangeable. JolieMaman montre : les pattes de l'animal posées sur le banc de pierre, il suffit de lui appuyer sur le dos, et, ô miracle, elle vous pond un bel oeuf de sucre moucheté, qui fond dans la bouche jusqu'à son coeur de chocolat. Hmmmmmmmm ! Merci, les cloches !

La collecte est terminée, et voici qu'arrive la vieille amie de Grand-MèreParis, la tendre vieille dame sans descendance, et elle tient dans ses mains deux superbes livres qu'elle a, dit-elle, trouvé dans son jardin à elle, et forcément c'est pour Frère3 et Poly, puisqu'elle n'a personne, aucun enfant, dans sa maison, pour les lire. Elle tend à Poly un livre rouge et doré, avec la tranche étincelante, et un titre en lettres d'or : "Les Malheurs de Sophie", lit Poly. Et le même à Frère3, "Quentin Durward" dit-il, avec l'accent britannique que vous pouvez deviner. Tous deux remercient avec chaleur.

Plus tard, Poly déchiffrera sur la page de garde la dédicace faite à la studieuse enfant qu'était sa vieille amis, et les prix qu'elle moissonnait à chaque fin d'année scolaire... Mais pour l'instant, Poly en a oublié les bonbons, et s'installe en tailleur sur le banc, pour commencer à se plonger dans les malheurs de cette petite Sophie, qui n'avait besoin d'aucun Frère3 pour inventer toute seule les folies les plus saugrenues.

Et qui n'avait pas non plus, en grandissant, une JolieMaman, un Papa, des frères et une PetiteSoeur pour la choyer, la chérir, la gâter. Car pour Poly, il n'y aura eu que des bonheurs....

8.4.09 17:42


Ah la vache !

Frère3 et Poly aiment bien les vaches. La vache est un animal précieux : outre le lait que l'on va chercher le soir directement à sa sortie, encore tiède et lourd de crème, chez le voisin fermier, elle offre aussi (pour la pêche à la friture) les grasses mouches que l'on va cueillir sur sa croupe caparaçonnée d'une couche craquelée et odorante, ce produit encore frais qui est utilisé comme marqueur pour les duels aux épées de bois, et, à l'occasion, elle peut etre utilisée comme monture.

Cependant, la montbéliarde paisible du village comtois, ou sa soeur noire et blanche des vacances normandes ne sont pas à proprement parler des destriers de course, et refusent de cesser de se régaler d'herbe fraiche pour jouer à être Bucéphale ou même JollyJumper. Voyez l'allure que peut avoir un chevalier ou un cow-boy sur une monture à la tête obstinément baissée !

Pourtant voici une jeune génisse dont la placide mère a du se laisser séduire par un fringant taureau méridionnal : elle ne se laisse pas approcher, montre sa corne en tournant la tete comme une vraie vachette de féria, gratouille le sol de son sabot fourchu, et respire bruyamment. Frère3 et Poly, courageux mais pas téméraires, se vengent du refus au montoir de la donzelle en la bombardant de pommes vertes, ce qui n'est pas du goût de l'ombrageux animal : la génisse amorce un début de course qui fait déguerpir les chevaliers affolés vers l'abri illusoire d'un muret de pierres sèches qu'ils escaladent en un clin d'oeil, Frère3 hissant obligeamment Poly, moins agile, par la ceinture de son short. Perchés sur leur asile précaire, ils regardent l'animal avec un respect nouveau.

"Ca doit etre un taureau" dit Frère3 dont les notions d'anatomie comparée sont encore balbutiantes. Les deux compères ont perdu leur dignité, mais pas leur organe vocal, et Papa accourt à leurs braillants appels. Son arrogance (et sa fourche) tiennent à distance la terrible taurillonne pendant que Poly grimpe sur les épaules paternelles, et que son frère se tapit prudemment derrière Papa.

Les voilà guéris (pour un moment) de leurs mises en scène équestres....

19.1.09 19:09


Automne

Toussaint normande

Il fait doux, avec tantôt un coin de ciel bleu, tantôt du gris et un petit crachin tiède.

Mon béret irlandais enfoncé jusqu’aux sourcils, les mains protégées par une double épaisseur de solides gants de jardin, la cisaille à long manche et le gros sécateur à portée, une scie de secours accrochée à la ceinture - les tronçonneuses rageuses des mâles Chrome me terrifient -  je débroussaille, coupe, ébranche, débarrasse les sous-bois des arbres morts, et les arbres vivants de leurs prolongements parasites, soulage ceux que je veux garder de leurs chevelures de lierre, arrache les choux de falaise, les ronces et les orties.

Grand-PèreParis, en bon paysagiste, avait garni de lierre toutes ces surfaces autrefois nettes et soignées, le lierre étant un efficace empêcheur de mauvaises herbes. Mais plus de 60 années de sauvageonnerie ont transformé la belle architecture du jardin de la Maison Haute en une sorte de forêt vierge où les haies de troènes, jadis taillées au carré, ont donné naissance à des arbres énormes, dont les racines insuffisantes n’ont pu les soutenir. Les troncs des géants aux pieds d’argile rampent sur le sol, se marcottent, pourrissent, se couvrent de plantes parasites.

Alors je taille, j’arrache, je débarrasse, et lentement réapparaît le tracé des sentiers, des plates-formes, de « l’observatoire » dont la vue sur la mer n’est plus qu’une vague trouée obscure.

Les arbres se défendent de toutes leurs forces, résistent, s’obstinent. Ils essaient de me crever les yeux, de m’arracher mon béret de laine, de me griffer et cingler le visage, le lierre s’entortille autour de mes chaussures de marche et me fait trébucher, mais c’est en vain qu’ils tentent de me décourager. Mes cisailles, ma scie, mon sécateur sont les plus forts, et peu à peu je progresse, j’avance vers l’abrupt du mur, cramponnée aux branches d’une main pour éviter de dégringoler la pente si raide et si traîtresse.

Lorsque le sol reprend sa belle ordonnance, lorsque le tapis de lierre retrouve sa verte place, libéré des troncs morts et des ronces griffues, j’ai la même sensation de triomphe que lorsque j’ai fait surgir la dorure d’origine hors de ses surpeints successifs. Je ris de joie, et même parfois je reprends le cri des compagnons bâtisseurs de cathédrales : « à la gloire de Dieu ! » Car après tout c’est bien comme un hymne à la beauté, à la nature domestiquée, que de retrouver, sous les scories du temps, ce que l’homme créa, autrefois, pour le plaisir des yeux, ou pour la glorification de son Créateur.

A cette saison, je n’ai plus de crainte à plonger les mains dans le creux des souches, sous les talus, dans les feuilles roussies par l’automne : mes indésirables squatteuses doivent à présent avoir commencé leur sommeil souterrain, et je ne cours plus le risque d’attraper une sinueuse branche morte…. qui s’animerait sous ma main !

La terre est riche et grasse, noire et fertile. Un sourire me vient au souvenir de la plaisanterie de JolieMaman aux mains vertes : « ne laissez jamais une bêche plantée en terre, elle prendrait racines ! ». Et d’elle, la championne du bouturage, sont nés les hortensias géants qui ornent son jardin, et le mien.

Le bois mort s’empile à présent près de l’emplacement habituel où le feu le dévorera, dans un jour ou deux.

La grosse tondeuse entraîne monsieur Chrome sur les pentes herbues, je lui laisse deux arbres trop gros pour mes bras, il les tronçonnera tout à l’heure.

La mer bat le pied de la falaise, en contrebas. Les goélands me lancent des cris d’encouragement. Je suis chez moi. C’est mon fief, mon royaume, ma Terre. Je suis bien…

Samedi 11-10-08

retour en Comté

J'ai bossé comme une brute tout l'après-midi, mais est-ce travailler qu'oeuvrer dans un environnement pareil ? Il faisait si beau que j'ai transporté tout mon matériel dehors, au milieu de la flamboyance des feuillus en parure d'automne : brodés d'or et de pourpre, ils couronnaient toutes les falaises de leur splendeur, et parfois, dans un frisson de vent, pleuraient quelques feuilles autour de mon travail. Les sombres sapins relevaient encore leurs chaudes couleurs, et le soleil embrasait leurs manteaux de parade.

La dernière rose

et le dernier hortensia

ajoutaient leurs couleurs douces aux feux des arbres, et j'en ai fait un bouquet pour JolieMaman, pauvre JolieMaman qui plus jamais n'ira jardiner, bouturer, désherber, biner et sarcler ses fleurs chéries, ni ne verra plus de ses yeux de chair son beau jardin normand, dont l'ordonnancement est le fruit des années du travail de ses mains.

25.11.08 06:27


Vaucluse....

Mardi matin 23 septembre 2008

Je suis assise au soleil provençal, sous la tonnelle verte de ma belle-sœur ; la fumée odorante d’un feu de broussailles monte tout droit dans le ciel calme. Monsieur Chrome est parti randonner, nous irons le récupérer tout à l’heure à Fontaine de Vaucluse.

A côté de moi, Monique prépare un gâteau aux noix dont je recopie ingrédients et processus au fur et à mesure. Elle est une source inépuisable de merveilles culinaires.

Je viens d’enregistrer sa succulente recette de chutney, pour le plaisir futur de MiniMinet, l’amoureux des saveurs indiennes. Vendredi

 Après-midi

Longue randonnée dans le Comtat Venaissin au milieu des garrigues parfumées de thym et de pèbre d’ail. Les hauteurs du Lubéron se profilent sur un ciel qui se charge, et nos mollets redoublent d’ardeur devant la promesse du déluge. Nous rentrons juste avant l’orage qui explose sur le toit de la voiture retrouvée au bon moment.

Samedi matin

Sur les remparts de Venasque, je contemple les hauteurs du Ventoux, les dentelles de Montmirail et la longue plaine verdoyante, avec ses souples reliefs boisés encadrant des vallées douces. La Provence est verte de partout, cet automne.

A droite, une vieille dame anglaise peint avec talent une aquarelle ravissante que j’admire discrètement : je déteste que l’on vienne commenter mon travail par-dessus mon épaule lorsque je m’aventure à découvert, je ne veux donc pas l’ennuyer. Monsieur Chrome, moins sensibilisé ou moins policé la complimente dans son anglais made in France « your painting is beautiful ». La dame le fait répéter, et éclate d’un rire communicatif. Elle a l’air ravie, finalement…

A gauche, voluptueusement vautré sur le rebord de pierre, le dos appuyé à la base du donjon, un garçon écrit avec désinvolture dans une sorte de carnet. Sans doute une relation de voyage, et peut-être y dessine-t-il lui aussi toutes les merveilles qui s’étendent sous nos yeux.

 

 

 

Nous voici dans la douce pénombre de l’église millénaire, les ors des statues baroques allument des éclairs au fond des chapelles latérales. Le grand retable du chœur a été démonté et est parti se refaire une jeunesse chez mes collègues avignonnais.

J’avance dans la chapelle de gauche et je m’approche du grand panneau peint qui s’illumine à mon approche : la crucifixion sur bois émerge brutalement de l’ombre et offre à mes yeux admiratifs la splendeur de ses dorures ravivées et de sa superbe polychromie. Je ne puis m’empêcher de faire le rapprochement avec le panneau central du retable d’Issenheim, si expressif dans sa douleur. Les chevaux, sur la droite, semblent sortir d’un tableau d’Uccello. J’aimerais mieux connaître la genèse de l’œuvre de Vénasque, et retrouver les liens tissés entre ses créateurs et leurs collègues italiens ou flamands.

Vénasque, ancienne capitale, à présent village musée, un peu désuet, un peu endormi, détrôné par les villes plus actives de la vallée, Pernes les Fontaines, puis Carpentras…Samedi a.m.

Longue randonnée encore tout autour du Beaucet. Village médiéval blotti sous les falaises qui portent les ruines de son château. Vue splendide sur le géant du Vaucluse et son environnement paisible. Je vous laisse admirer.

11.10.08 23:04


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